Wang Xiaoshuai, le "sans nom" devenu célèbre

Excellente idée que cet hommage du FICA à Wang Xiaoshuai, sans doute l’un des réalisateurs les plus intéressants du cinéma chinois contemporain.

Au départ, captivé par la peinture, il débarque adolescent à Pékin et entre à l’Académie des Beaux-Arts. Quatre ans plus tard, en 1985, quand le cinéma chinois est lancé sur une orbite internationale, il abandonne ses études et entre à l’Institut du cinéma, section mise en scène. Une fois diplômé, il travaille comme assistant et, en 1993, signe son premier film. The Days traite de la marginalisation d’un couple d’artistes et, à travers lui, des jeunes qui ne se reconnaissent plus dans une société incapable de garantir leur avenir. Tourné sans autorisation, avec les moyens modestes et un budget ridicule, The Days est considéré par la BBC comme l'un des cent meilleurs films du cinéma mondial. Le Bureau de la censure, d’un avis contraire, inscrit film et réalisateur sur « liste noire ».

 

Frappé d’interdiction, en 1994, Wang Xiaoshuai tourne son deuxième long métrage, Frozen, sous un pseudonyme : Wu Ming, « Sans Nom ». L’histoire s’inspire d’un fait réel : le suicide d’un jeune artiste qui réalise des performances en utilisant son corps.

Après ces expériences difficiles, une brèche s’ouvre grâce à l’intérêt des studios de Pékin pour son troisième film, A Vietnamese Girl. Mais sa réalisation se transforme en épopée. Il ne sort qu’après trois ans de coupures au montage et une multitude d’efforts de la part du cinéaste Tian Zhuangzhuang, infatigable médiateur entre le Bureau du cinéma et les nouveaux talents. Encore faut-il changer le titre, les autorités estimant que le mot « Vietnam » est impossible à conserver ! Le film devient ainsi So Close to Paradise. La patience de Wang Xiaoshuai est récompensée par sa sélection au festival de Cannes, 1999, section « Un certain regard ». L’expérience a échaudé le réalisateur, qui tourne Beijing Bicycle sous la bannière de l’indépendance. Le film confirme son talent brossant un portrait très fort des milliers de gens sans histoire peuplant les nouvelles villes chinoises. Consécration pour lui, qui rafle trois prix importants au festival de Berlin 2001, dont l’Ours d’argent.

Wang Xiaoshui revient à Cannes avec La Dérive. Son regard se porte sur le sort des jeunes qui voient dans l’émigration la solution à tous leurs problèmes. L’« ailleurs » visé, ce n’est ni l’Amérique, pays qui fascine la jeunesse chinoise (au point de provoquer une migration clandestine importante) ni la Chine. D’ailleurs Wang Xiaoshuai ne le situe pas, délibérément, son film poursuivant « la recherche du vide de l’existence ».

Il s’investit davantage dans la cause du cinéma de son pays. Convaincu que le cinéma chinois a besoin de nouveaux jeunes talents pour se renouveler, il ouvre sa maison de production et réfléchit à la possibilité de rendre le cinéma indépendant au peuple. Profitant de la brèche ouverte par le Bureau du cinéma aux cinéastes indépendants, fin 2004, il réalise Shanghai Dreams, dans un cadre officiel. Si le contexte change radicalement, le contenu garde la même cohérence que les précédents, au point que le réalisateur ne se prive pas de critiquer une page peu glorieuse de l’histoire chinoise, celle du début des années 60, quand la Chine, craignant un conflit avec l'Union Soviétique, décide d’installer à l’intérieur du pays les usines les plus importantes stratégiquement pour former une « troisième ligne de défense ». Le film parle de ces ouvriers déracinés qui gardent en vain l'espoir de pouvoir retourner vivre dans les villes qu'ils ont quittées.

Avec Shanghai Dreams, Wang Xiaoshuai inaugure une trilogie sur la Révolution culturelle, poursuivie avec 11 Fleurs (2011) et terminée par Red Amnesia (2014). Sans oublier ses deux autres long-métrages, Une Famille Chinoise (2008) et Chongqing Blues (2010), consacrés au drame de la perte d’un enfant.

Nous serons enchantés de voir (ou revoir) ces films lors de cette édition du FICA. Une excellente occasion pour profiter de l’oeuvre de Wang Xiaoshuai dans son ensemble et pour constater qu’il représente un cinéma d’auteur aujourd’hui en voie d’extinction en Chine. Il lui revient la tâche ardue de le faire renaître de ses cendres.

Luisa Prudentino

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